EmbrunMan

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2015embrun
Embrunman 2015
 
Se lancer dans le CR d’une course comme Embrun c’est l’assurance de noircir du papier tellement il se passe des choses avant, pendant et après. Je vais donc essayer d’être concis, j’ai dit essayer….Raté !

AVANT:
>Il y a 8 ans (ouhlà c’est mal parti pour être bref), alors jeune inexpérimenté dans le monde du triathlon longue distance, j’avais scrupuleusement suivi les conseils des anciens pour planifier ma saison et arriver le 15 Août en bonne forme. Le résultat m’avait pleinement satisfait malgré une fin de marathon pénible (83ème en 12h55).

>Il y a 4 ans, l’assiduité aux conseils s’était déjà bien étiolée et c’est assez tardivement que je m’étais engagé, tout en ayant à l’époque une bonne base triathlétique. Le résultat là aussi avait été satisfaisant avec une 44ème place en 11h51.

>Cette année Embrun n’est pas vraiment au programme. Les périodes hivernales et surtout printanières sont occupées à fouler les sentiers boueux baskets aux pieds. Et je prends mon pied donc pourquoi changer. Le vélo reste bien tranquille au chaud dans le garage. Mais les beaux jours arrivent, une petite semaine de vélo avec les potes en Espagne me rappelle comme c’est sympa de pédaler. Le goût du triathlon revient un peu en bouche. Les épreuves de St Remy sur durolles et surtout de Cublize viendront confirmer tout ça, même si mon manque de coup de pédales m’a bien fait défaut sur ces courses. Enfin comme me le dit souvent Jackot : « on ne rattrape jamais le temps perdu ». Les trails longs me donnent l’endurance et l’envie de tenter l’aventure Embrun commence à grandir (mi-juillet… il est temps). Une belle sortie vélo en chartreuse avec Olivier finira par me décider. Le 15 juillet, dernière jour des inscriptions je m’inscris. Oupps j’ai peut être fait une bêtise… Tant pis j’irai avec les moyens du bord et avec une grosse envie de participer à cette belle épreuve. Après 15j de vacances en Bretagne, le total kilométrique à vélo a bien progressé. Le profil breton n’est pas franchement celui des Hautes Alpes mais avec la plupart des sorties vélo faites sous la pluie et la fraicheur je me dis que j’ai travaillé le mental et je suis prêt à endurer des conditions de course difficile…
Le 14 Août, sur le parking du plan d’eau d’Embrun, je viens d’aller chercher mon dossard et un orage violent s’abat sur Embrun. Je suis dans le camping car, à attendre que ça se calme pour aller poser mon vélo dans le parc et assister au briefing d’avant course. Une accalmie me permet de faire ça au sec, de retrouver les copains (nous sommes 7 du club à être inscrit, dans le désordre, Muriel, Laurent, Yann, JP, Guillaume et Sébastien). J’ai la bonne surprise de voir Yann, blessé et à court d’entrainement depuis début juillet mais qui finalement vient relever le challenge. Les supporters sont aussi de la partie, Merci à eux pour leurs encouragements. Je trouve aussi Arnaud, un pote que j’ai rencontré cette année, qui vient relever le challenge Embrun. Il n‘est pas étranger à ma présence ici. En parler avec lui m’a toujours un peu fait envie. Dès la fin du briefing la pluie se remet à tomber et chacun rentre dans son hôtel, son gite, sa tente, son camping-car. Il est 18h, il ne me reste plus qu’à préparer la soupe chaude et me mettre dans le duvet. Un petit coup de fil de Nath et de mon pote Steph et hop, la pluie n’aura pas la peau de mon moral !
15 août 3h30, le réveil n’a pas besoin de sonner, je ne dors plus depuis une bonne heure déjà… Je me prépare tranquillement et vais rejoindre mes 1299 copains d’un jour dans un parc à vélo ou règne un mélange d’excitation et d’angoisse, c’est un peu le calme avant la tempête. Les files d’attente devant les toilettes sont longues… il ne pleut plus, il fait bon et l’eau est annoncée à 20,5°C. Idéal !

PENDANT:

Le départ est donné à 6h, il fait encore nuit. C’est toujours spécial de nager dans la pénombre et d’essayer de suivre le flambeau rouge du canoë au loin. Je n’ai pas réussi à me placer correctement dans la foule et je galère un peu pour trouver un rythme qui me convient. Malgré tout, c’est assez tranquille, je ne prends pas trop de coups. Le parcours natation se fait en 2 boucles pour 3,8km au total. A l’entame de la seconde boucle je pars en direction d’une bouée qu’on avait franchie lors du premier passage. Mais je m’aperçois que personne ne me suit et que tout le monde va chercher la bouée suivante. Changement de cap et perte de temps, ça m’apprendra à papoter pendant le briefing. Je sors de l’eau en 58min, un peu déçu mais cela correspond finalement bien à mon entrainement natation cette année. A la transition je prends le temps de manger et boire un peu avant d’enfourcher le vélo pour 188km. La sortie d’Embrun se fait dans une ambiance tour de France. Difficile de ne pas se laisser griser par cette foule. Les jambes ont l’air d’être en forme mais la route est longue donc calmos et souplesse d’autant que le début du parcours est bien pentu et permet de calmer les ardeurs des plus joueurs. Grosse ambiance sur le parcours lorsque l’on repasse vers Embrun avant de partir vers Guillestre et le col de l’Izoard. L’allure me convient bien, et je me dis que je pourrais être au col (km110) à 11h c’est-à-dire après 4h de vélo environ. Dès les premières rampes de l’Izoard la pluie fait son apparition. D’abord assez timide, puis plus insistante à partir de Brunissard (là où la pente commence à vraiment être sévère). C’est à ce moment que mon tempérament de Breton rentre en action. Cela ne me dérange pas plus que ça. J’ai l’impression de bien grimper et je rattrape quelques concurrents. Aux abords du col, le public est bien présent malgré la pluie et le froid. De la fumée sort de ma bouche quand je respire… c’est quand même un signe de fraicheur. Arrivée au col à 11h, just in time. Je ne traine pas trop. Je change mes bidons, mange mon petit sandwich pain de mie – blanc de poulet – fromage de brebis (le tout bio, et ça change tout !), enfile mon coupe-vent et c’est parti pour la descente dans le froid et sur une route détrempée. Je me concentre, respire fort pour ne pas me crisper. Je lâche les freins dans les lignes droites mais je passe les virages pratiquement à l’arrêt. Ces conditions difficiles dureront jusqu’à Cervières, ensuite la route sera sèche. Mais dès Briançon la pluie se remet à tomber et ne cessera plus jusqu’à Embrun. Les muscles se raidissent un peu, ce qui ne facilite pas le franchissement des multiples bosses de cette fin de parcours. Je n’ai pas l’impression de flancher mais je me fais doubler par un bon nombre de concurrents. Je suis impressionné par la vitesse et les braquets qu’ils sont capables d’emmener après 150km… mais bon l’entrainement vélo au printemps ça sert aussi à ça. Et ça je ne l’ai pas, tant pis, je continue ma course. Retour sur Embrun sous des trombes d’eau. Comme à chaque fois, l’ultime montée de chalvet est un vrai supplice malgré les encouragements (quasi hystériques ;-) ) d’Alice au pied de cette bosse. Retour au parc après 7h03 de vélo. Difficile de faire mieux aujourd’hui.
Quel bonheur de poser le vélo et d’enfiler les baskets. C’est un peu le moment de vérité pour moi, vais-je pouvoir mettre à profit ma saison de trail pour ce marathon (42km) ? On va bien voir, je décide de partir assez vite et de réguler en fonction des sensations. Ces dernières sont bonnes, peut-être un peu biaisées là encore par les encouragements de la foule. (NDLR : le prénom est écrit sur le dossard, donc j’entends des « Allez Maxime », « Allez Max », voire même des « Allez Maxou » sans cesse, sans savoir si je connais ces personnes). Le parcours se compose de 2 boucles de 21km loin d’être plates avec la longue montée dans le village d’Embrun depuis le plan d’eau, puis descente vers la Durance avant de remonter à Baratier et à nouveau descente au plan d’eau. J’arrive à courir de manière régulière et je me fais vraiment plaisir. Je vois sur le bord du chemin Georges, membre éminemment sympathique du trail des coursières. Il m’encourage chaleureusement. J’arrive aussi à voir Lou, qui ressemble à sa mère en matière d’encouragement (cf Alice plus haut). Je boucle le 1er semi en 1h40… je fais mes calculs car si j’arrive à conserver ce rythme ça fera un marathon en 3h20 !!! Je croise Laurent qui boucle aussi son 1er semi. Il semble à l’aise, cool, petite tape dans la main. A l’approche du 30ème km je sens que le jus commence à se tarir. Mais pas question de lâcher l’affaire. C’est le moment de mettre en place la transition énergétique. Démantèlement du cortex insulaire. C’est le mental qui pilote désormais. Et ça marche, j’arrive à Baratier en serrant les dents et je lâche les chevaux dans la longue descente. Il reste alors 4km. Pas question de finir en mode balade, j’irai jusqu’au bout à cette allure. Je franchi finalement la ligne 40ème en 11h30 avec un marathon en 3h20, challenge réussi. Je suis, comment dire, content (you know what ? I’m happy comme dirait l’autre).

APRES:

A peine le temps de me poser dans un transat dans la zone de ravito qu’un mec se penche sur moi caméra et micro tendus pour avoir mes impressions. Je ne sais plus exactement ce que j’ai dit, j’espère pas trop de bêtises… Je ne profite pas des frites et de la bière du ravito, pas d’appétit, et je file chercher mes affaires dans le parc à vélo. J’encourage Guillaume qui entame son second semi, il a l’air de maitriser son affaire, impecc. Je rentre tout doucement au camping car. J’ai déjà plusieurs SMS de personnes qui ont suivi la course sur internet, dont mes parents et mon pote RV. Je rassure ma mère en lui disant que tout va bien et que cette fois je n’ai pas fini sous la tente médicale. Un petit coup de fil à Nath pour la tenir au courant. En fait elle savait déjà car Alice lui avait fait un live privé tout au long de la journée. Je retrouve ensuite les supporters du club pour encourager notamment JP et Yann. Laurent en a déjà terminé. Yann bouclera très proprement son premier Embrun. Bravo. J’apprendrai par contre l’abandon de Muriel tétanisée par le froid dans la descente de l’Izoard et qui n’a jamais pu arrêter de claquer des dents. JP ira jusqu’au bout lui aussi tout comme Guillaume et Sébastien que je n’aurai pas pu voir. En effet 3h de route m’attendent pour rentrer à la maison avant un lendemain bien chargé. Je ramène Lou chez elle ce qui nous permet de bien papoter et de ne pas voir passer le voyage. J’arrive à 22h30 à la maison, une douche et au lit !
On a beau dire ce que l’on voudra Embrun restera une épreuve vraiment particulière dans le paysage triathlétique. Les organisateurs l’affichent comme le plus dur du monde. Ce n’est certainement pas vrai car d’autres épreuves sont encore plus épicées, mais c’est certainement celle qui possède le meilleur produit difficulté x popularité. Popularité sur la ligne de départ avec 1300 triathlètes, dont une dizaine de pointures mondiales et pléthores de cadors français (tu m’étonnes avec 25000€ pour le vainqueur, 15000€ pour le second, etc… jusqu’au 10ème), mais surtout popularité au niveau des supporters. La plage est blindée de monde à 6h du mat’ pour le départ natation. Les premiers km vélo ainsi que la montée à Baratier se font dans une ambiance ascension du tour de France avec une horde de supporter de chaque côté de la route. Idem au sommet de l’Izoard et dans la côte de Pallon. Et sur la partie marathon, c’est bien simple il y a du monde partout : des ola improvisées, de la sono plein pot, des orchestres. C’est bien le temps passe un peu plus vite.

Fin de l’aventure... J’ai toujours cette phrase en tête, sortie un jour par un illustre Trialpin, Mario : « ça ne rajoute pas des années à la vie mais ça donne de la vie aux années ». Rien à rajouter… Ah si, grosses pensées à mes copains d’entrainement ou plutôt mes copains tout court, Steph, RV, Olivier qui ont rendu cette courte préparation encore plus agréable, avec un petit pincement au cœur pour Jackot ;-) et pour Arnaud qui est allé au bout de son challenge, et qui a pris beaucoup de plaisir. Merci encore à Steph, Adeline, Paul, Martin et Alice pour la belle quinzaine bretonne passée ensemble, entrainement tôt le matin (un peu moins tôt pour Steph mais entrainement quand même) et bon temps ensuite (mais pas beau temps). Grosses pensées aussi pour les cousins du B2T, la famille c’est sacré ! Pour mes parents que je sais à la fois heureux et inquiets de me voir engager dans des épreuves de ce genre, pour Nath, Anouk, Fantin et Lison qui sont toujours là-même lorsqu’ils sont loin et finalement pour David qui a passé une bonne partie de l’épreuve avec moi (RIP).

Commentaires  

#5 @rno 03-09-2015 12:29
Bravo Max ! Quel aurait été le Chrono si tu avais eu le coup de pédale :cry: Et merci pour tes conseils... Embrun c'est une aventure Magique.
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#4 Z 31-08-2015 15:34
Quelle saison!!! Mais où s'arrêtera-t-il??? Et quand est-ce qu'il se repose???
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#3 Pierrick 31-08-2015 07:45
C'est juste une performance ENORMISSIME... Un truc de FOU !!!... comme la Diagonale (n'est-ce pas Man ;-) )!!! Chapeau bas l'artiste...
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#2 Jipé 30-08-2015 08:18
"J'ai vu des fous,j'ai vu des sages dans mes courses, car on voit un peu de tout en courant" (E. de GUERIN) :zzz
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#1 MaN 29-08-2015 16:34
En fait, je ne trouve pas trop de mots... RESPECT. Pour les néophytes, et même pour les autres, Embrun a une réputation un peu folle, un genre de truc infernal. Bravo, tout simplement. Et après, c'est quoi? La Diagonale?
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