Grand Trail des Templiers

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2015templiers
Jusqu'au bout pour DAVID...
 
Avant d’évoquer ce bon week-end aveyronnais, j’aimerai vous parler un peu de mon ami David.
David est un Aveyronnais, fier de ses racines mais tout en simplicité, sans arrogance ni chauvinisme. Il aime nous faire découvrir les beautés et richesses de son département. David est un passionné de sport. Bardé de diplômes et de brevets d’états élevés aussi divers que variés (VTT, Escalade, Boxe, etc…) il aurait pu entrainer des sportifs de haut niveau. Au lieu de ça, il a choisi d’accompagner des personnes non sportives dans une approche santé et bien-être. Il intervient dans les maisons de retraite aussi bien que dans les crèches. Préférant donc l’aspect social et partage, au monde parfois un peu égocentrique du haut niveau. David est aussi pompier volontaire à un grade assez élevé. Bref toujours prêt à se mettre au service des autres, drôle, joyeux. Bref un chic type qui dégage une folle envie de profiter de la vie. Sauf qu’il y a 2ans, seulement quelques mois après avoir vu la naissance de sa tant attendue petite Rosalie, David apprenait qu’il était atteint d’une très sale maladie. Et malgré 18 mois d’une lutte acharnée, Il nous a quitté au printemps dernier. Me laissant personnellement complètement incrédule devant cette terrible disparition. Pourquoi lui ? Pourquoi un mec comme ça qui donne tant aux autres sans compter ? Quand nous descendions le voir, on allait souvent faire du VTT (c’était un fou furieux de VTT). Il me faisait découvrir de magnifiques endroits. On discutait alors de ce fameux Trail des Templiers. Et je lui disais qu’un jour je viendrai sûrement le faire malgré l’éloignement géographique et que j’espérai bien qu’il serait là, à m’attendre sur la ligne d’arrivée.

2 jours après sa disparition, les yeux encore embués de tristesse, je suis donc sur le site du festival des Templiers pour m’inscrire sur cette course de légende. Steph et Jackot m’emboitent le clic de souris. Le rendez-vous pour le 25 octobre est pris.
Jackot ne pourra pas être du voyage, et c’est donc avec Steph que nous partons le samedi matin, en camping-car, direction Millau. Arrivés sur place, on prend la mesure de l’évènement. Impressionnant. Un site immense dédié au trail. Des courses qui partent toutes 30 min avec pratiquement 1000 personnes à chaque fois (16 courses sur 3j). Un salon du trail gigantesque avec des équipementiers, des organisateurs de course, etc… On se sent tout petit. Après être allé retirer nos dossards, on rejoint JP et sa femme Manue qui sont également ici. JP a fait la course de vendredi, l’endurance trail avec 100 km à parcourir. Il en a bien bavé, a eu des soucis de frontale mais il est ravi de l’ambiance, des paysages et surtout d’être allé au bout. On va manger ensemble. JP en profite et enquille bière, pizza et mousse au chocolat. Avec Steph, on est plus raisonnable et on se contente d’un plat de tagliatelle (notre tour viendra). Soirée bien sympa, il est temps d’aller se mettre dans le duvet.
Le départ de notre course est donné à 5h15 mais avec le passage à l’heure d’hiver, on gagne une heure de sommeil. Le levé à 3h n’est donc pas si terrible. On se prépare tranquillement et on file sur le site du départ. On est 2500 à avoir eu la même idée. Et parmi tous ces coureurs, il y a ce qui se fait de mieux au monde. Le top français, américain, japonais, Africain du sud et Européen, soit une trentaine de coureurs de niveau mondial (champions de France, champions du monde, champion du monde des 100km, et j’en passe). La saintélyon passerait presque pour une course au saucisson en comparaison. Ca va courir vite, très vite. Les organisateurs m’ont placé dans le SAS1 juste derrière les élites. Steph a le choix entre les SAS2 et 3. On s’encourage et on se souhaite bonne chance. 5h15, sous la musique traditionnelle des templiers, le départ est donné. A l’assaut des 75km et 3400m D+ à travers les causses et en pleine nature. Une belle journée de sport s’annonce avec forcément, quelque part, pas très loin, mon pote David. J’ai choisi l’option sans bâton pour cette course, je ne suis pas certain d’avoir fait le bon choix mais j’ai envie de tenter le coup. Les jambes vont être un peu plus sollicitées. Malgré la poussée de fièvre contractée ces derniers jours et dûe à une belle angine bactérienne, je me sens plutôt bien avec une grosse envie de participer à cette fête.
La première partie est assez simple, 4 km pour monter sur le causse, 14 km pour le traverser et 4 km pour redescendre de l’autre côté. La traversée du causse est assez plate sur un grand chemin, donc ça déroule et ça avance vite malgré l’obscurité. Je m’aperçois que je cours au côté de Laurent Brochard (ancien champion du monde de cyclisme). Mais à l’amorce de la descente, il calme son allure et se laisse distancer. Le rythme est bon, les jambes répondent plutôt bien. Les traversées des petits villages et des zones de ravitaillement sont impressionnantes avec une foule de spectateurs. Depuis le début de la course, je ne cesse de grignoter des places. Après 3h30 de course, je suis aux alentours de la 70ème place. Je ne m’enflamme pas car on m’a dit que la dernière partie était très difficile. A la fin d’une longue descente, les jambes commencent à fatiguer, les appuis sont moins sûrs sur des sentiers étroits et techniques à souhait. J’ai pourtant fait attention à mon alimentation depuis le départ. Je suis progressivement « dans le dur ». Je trouve que c’est un peu tôt mais bon, pas de panique, je ralenti l’allure et je m’applique à bien manger et boire, en me disant que cela va revenir. La montée suivante sera assez terrible. Les forces sont aux abonnées absentes. Il faut faire sans. Je marche. Heureusement il ne fait pas encore trop chaud. Au ravitaillement suivant, je prends le temps de me poser 5 min et d’apprécier les bienfaits du duo magique coca – banane. Je croise aussi Gilles Guichard, qui ne cours pas (pour une fois) mais qui est là en tant que suiveur pour l’équipe de France. Je lui dis que je ne suis pas au mieux. Avec toute la sagesse qui le caractérise, il me dit d’y aller tranquille et d’en profiter. Je repars donc tranquillement mais ce n’est pas encore ça. Je pense alors à David, à ces terribles moments de souffrance qu’il a connu et au courage dont il a fait preuve. Cela change complètement ma vision de la course. Je ne me focalise plus sur le concurrent devant moi, ni celui de derrière, ni même de calculer le temps de course qu’il me reste. Je me mets à une allure raisonnable (mais assez basse tout de même) et je profite de ces beaux sentiers, et ça passe bien. La fin du parcours est effectivement très difficile. Il commence à faire un peu chaud et je transpire beaucoup. En voulant m’essuyer le visage, je trouve le moyen de coincer ma lentille gauche sous ma paupière (ceux qui en portent, connaissent l’inconfort que cela procure). J’essaye de la remettre en place, en vain. Tant pis, je ferai la fin du parcours « mi net – mi flou ». Je passe finalement la ligne d’arrivée à la 96ème place en 9h19, bien loin des 8h - 8h15 raisonnablement espérés. Mais peu importe, aujourd’hui l’essentiel était ailleurs. Une fois la ligne franchie, j’ai bien sûr une grosse pensée pour David mais aussi pour sa femme Betty et sa petite fille de 2ans Rosalie. Difficile de retenir ses émotions. Une fois le calme revenu, je récupère ma médaille, mon tee-shirt et je retourne, tout doucement, au camping-car pour une petite douche. Je reçois des appels et des messages, de Nath, JP, RV, Pascal. Comme d’hab ça fait bien plaisir. ( NB : Il m’a bien fallu 10 min après la douche pour retirer la lentille rebelle).

Je regagne ensuite l’aire d’arrivée pour attendre Steph. Il mettra moins de 12h (11h56) donc bien en accord avec ses prévisions. Belle gestion, chapeau. On file ensemble partager le repas d’après course (aligot – saucisse), on se raconte nos impressions. Steph file sous la douche et c’est parti pour le retour en Isère. Arrivée à la maison : 23h45… fatigué physiquement et émotionnellement mais tellement heureux d’avoir participé à cette course.

Pour finir ce récit, quelques remerciements car ce mot, MERCI, est tellement sincère et jamais trop utilisé. Merci à JP et Manue pour la bonne soirée passée ensemble, à tous les copains pour les encouragements, à mes parents pour le prêt du camping-car et tout le reste, à Steph pour avoir partagé, avec une rare complicité, ce super week-end, à Nath pour s’être encore une fois occupée des enfants durant mon absence (et surtout tout le reste aussi) et à David pour m’avoir guidé jusqu’à la ligne d’arrivée.
Ton absence laisse un gouffre immense mais ce trail on le refera ensemble !

Commentaires  

#4 Pierrick 08-11-2015 12:34
Difficile d'imaginer un plus bel hommage... Chapeau...
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#3 Jipé 06-11-2015 19:46
belle lurette que je n'ai laissé ici un commentaire... mais là, je suis comme tous, en plus sous le coup de l'émotion... Et, par delà l'hommage à l'ami, plus encore que la performance, c'est juste le partage de la fin de course 'avec lui' que je trouve sublime!! Comme très souvent, à condition d'y prêter quelque attention, ceux qui nous ont quitté prématurément sont là... tout à côté... pour de beaux partages... un clin d'oeil à s'en coincer la lentille!! Bravos respectueux!
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#2 Z 06-11-2015 19:46
Bravo encore une fois, pour la course et pour le récit! On se voit St Héand? ou pour la course à la rosette?
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#1 MaN 06-11-2015 19:37
Belle course, beau plateau, bel hommage !
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