Grand Duc / Chartreuse

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grandduc2014Un long dimanche de trail... 

 

Dimanche 29 juin, 2h45 du matin, le réveil sonne. Inutile de mettre le nez dehors pour savoir le temps qu’il fait. J’entends un bruit sourd et continu, celui de la pluie battante sur le toit et la terrasse. Dans 99,99% des cas, quand on voit ce temps-là dehors, on file vite se remettre sous la couette. Eh bien là non, je vais me préparer pour aller faire 89km en montagne… et le pire c’est qu’à aucun moment l’idée de reculer ne m’a traversé l’esprit. Ce qui me transporte ? le B2T biensûr ! La veille j’ai pu lire des encouragements sur le site. Le mail de couz’ Man sur son aménagement à la Gde Rue et tous les souvenirs qui ressurgissent m’a également bien fait frissonner. Papy Nono est parti cette année, mais il est plus que jamais dans nos souvenirs. C’est la marque des grands Hommes. Afin d’avoir tout au long de la journée ces pensées positives, j’enfile mon tee-shirt et mon short aux couleurs du B2T, je place dans mon sac à dos un petit tube de crème de marron (spéciale dédicace), et à partir de là je sais qu’il ne peut rien m’arriver ! (bon je n’ai pas autant de certitude en fait mais bon…).

Arrivé, sur le lieu de départ, je retrouve mes 3 copains (RV, Steph et Jackot). On patiente un peu dans le gymnase et on se rend sur la ligne de départ. Contrôle des sacs avec obligation d’être en possession d’une couverture de survie, d’un sifflet et d’une veste imperméable. Pour ce dernier accessoire, la vérification est rapide…. 4h55, c’est sous un véritable déluge que je me place assez proche des premières places. A 5h00 le départ est donné. On est environ 300 sur la course solo. En comptant les relais duo et par 5, environ 1000 coureurs sont présents. Les duos partent à 6h et les relais par 5 à 7h. C’est mieux pour le rythme et pour l’affluence dans les premiers chemins escarpés. Le programme initial de 85km et 4800m D+ a été un peu modifié au dernier moment. Conscients des mauvaises conditions météo, les organisateurs ont supprimé l’ascension et la traversée du Mont Outheran dont une partie d’escalade en cheminée aurait pu s’avérer périlleuse. On n’y perd pour autant pas au change puisque ce Mont Outheran sera contourné. Ca nous rajoute 4km. Généreux de la part de l’organisation de nous offrir ces km gratuitement. Pour l'anecdote, cette course est réputée pour être un peu imprécise dans son kilométrage, souvent majoré. D’ailleurs, à l’arrivée, en discutant avec d’autres coureurs, la plupart d’entre eux avait sur leur montre GPS un total de 94km avec 5100 voire 5200m D+…. Mieux vaut le savoir après finalement. Le parcours de cette course change chaque année, avec à chaque fois un village d’accueil différent.

Le départ n’est pas très rapide et j’arrive à rester avec le premier groupe. Il fait encore bien nuit, tout le monde a sa frontale rivée sur la tête et les balises ne sont pas faciles à voir. D’ailleurs après seulement 30min de course, on s’égare dans un champ. Finalement on arrive à rejoindre assez rapidement le sentier. Les choses sérieuses attaquent avec une montée assez raide, boueuse (bonjour les appuis) et bien longue. Elle commence dans les bois pour se finir au milieu des fougères, orties et autres plantes luxuriantes de la chartreuse. Sous le déluge, de la boue jusqu’au cheville, de nuit et avec une légère bruine, on a des sensations de Vietnam en pleine mousson. Les premiers sont partis assez vite dans cette montée. Je garde mon rythme qui me convient. Pour la première fois j’ai opté pour des bâtons. Choix très judicieux sur des terrains techniques raides et boueux. Sans eux, il aurait été autrement plus difficile d’aller au bout. Arrivée au sommet de cette belle « bosse », il faut attaquer une descente très raide dont le sentier, ou plutôt ce qu’on imagine être le sentier, s’est transformé en torrent de boue cachant des racines, des pierres et des feuilles toutes aussi glissantes les unes que les autres. J’essaye d’être prudent tout en gardant une certaine vitesse pour ne pas trop me crisper. Certains, très adroits, descendent nettement plus vite, d’autres essayent aussi mais au prix de belles gamelles et enfin d’autres sont complètement à l’arrêt tétanisés par le sol et l’absence de visibilité (il fait encore très sombre à ce moment là).

A la fin de cette descente, qui restera gravée dans les souvenirs un bon moment chez les coureurs, y compris les plus expérimentés, nous arrivons au cirque de St Même. Haut lieu touristique de la chartreuse, mais qui est beaucoup moins accueillant par forte pluie. Je ne m’arrête pas au premier ravito (km 16). La suite, jusqu’au premier point relai est beaucoup plus soft, toujours très vallonné et très détrempé mais rien de comparable. Hormis dans les passages raides, je cours tout le temps en m’aidant parfois des bâtons. Ce rythme régulier me permet de rattraper quelques coureurs déjà à la peine alors qu’une vingtaine de kilomètres a été parcourue. Au point relais 1 à Epernay, comme je suis dans les 15 premiers, on dépose dans mon sac une balise GPS « pour que vos proches puissent vous suivre en direct » me dit-on… On attaque maintenant l’ascension du col du Grapillon par le désert d’Entremont. Un coureur me rattrape et on se met à courir ensemble. On ne sait pas à ce moment-là qu’on est parti pour courir pratiquement 40km ensemble. On alterne les montées raides et certaines parties de long faux plats sur des grands chemins forestiers qui « obligent » à tenir un rythme de course assez élevé. Ce n’est pas de tout repos et les jambes commencent à être lourdes (5h de course). A la fin d’une grande descente, on rejoint un coureur qui s’est trompé et qui a filé tout droit au lieu de tourner sur la droite. Il est 5ème, nous sommes donc 6 et 7. Il repart assez rapidement et on n’essaye pas de le suivre. Au point relais 2 Je fais un gros ravitaillement en eau et j’enfile chaussettes et quadri de compression pour tenir un peu les muscles qui commencent à être traumatisés par les chocs. Il ne pleut plus ou seulement par intermittence, cela fait presque 6h qu’on court et malgré la fatigue qui pointe, je me régale d’être là, dans cette nature. Ok il ne fait pas beau mais la température est idéale pour courir. Finalement entre courir sur un terrain sec sous un fort soleil et courir dans la boue par 15°, je ne sais pas ce qui est le plus éprouvant pour l’organisme. On attaque désormais l’interminable montée à la pointe de la Gorgeat. Certains passages restent assez techniques, proches de falaises notamment. Et sur certains secteurs il est même obligatoire de marcher, avec un bénévole à l’entrée du secteur et un autre à la fin. La plupart du temps mon compagnon de route reste dans ma foulée, ça doit lui convenir et moi aussi puisque je peux garder mon rythme. Au sommet de la pointe, je sors de la poche de mon sac mon tube de crème de marron. Mmmmmh, cette douceur, cette onctuosité…. Bon je m’égare. A quelques kilomètres du point relais 3, on retrouve le coureur en 5ème position qui semble à nouveau perdu et qui vient à notre rencontre. Il ne voit plus de balisage. Effectivement plus de rubalise sur le bord de la petite route goudronnée, pourtant 100m auparavant c’était encore indiqué. On décide de poursuivre sur la route. On devine en contrebas, le long du ruisseau, un chemin qui doit être celui qu’on aurait dû prendre. Finalement, après 3km sur le bitume, on arrive à le rejoindre sans trop avoir rallongé le parcours. On restera tous les 3 jusqu’au point relais 3 (km 60). Mes deux compagnons font une halte assez importante, je décide de reprendre mon chemin en me disant qu’ils me rattraperont, ce qu’ils feront. Niveau gestion de l’alimentation, j’ai choisi de partir assez chargé. C’est un peu plus lourd à trainer mais je peux manger et boire sans attendre les ravitaillements et ça me permet également de ne pas trop trainer aux ravitos, c’est toujours dur de repartir quand on a fait une pause.

On apprend l’abandon du 4ème, on a donc gagné une place sans trop d’effort. Le coureur qui s’était égaré 2 fois est décidément plus rapide que nous et on le laisse filer. Je continue donc ma route avec mon compagnon habituel. On prend parfois le temps de discuter un peu, de se motiver. On attaque la montée vers le col des égaux avant la très longue descente dans la vallée à St Christophe. Au col, je dois m’arrêter pour une pause « technique ». L’autre coureur continue. Mon arrêt ne sera pas très long, mais je n’arrive pas à le rattraper. Il a peut-être senti que c’était le moment de me fausser compagnie, ou alors est ce moi qui n’ai pas su aller suffisamment vite pour combler le retard. Bref toujours est-il que je ne le reverrai plus. Presque 10h que je cours, il faut être vigilant surtout que la fin de la descente est parsemée de cailloux. Il fait plus chaud et le soleil pointe son nez. Je profite d’un passage vers une fontaine pour y plonger la tête. Ca rafraichit ! Il ne reste maintenant plus que la dernière ascension… et quelle ascension. Partant de St Christophe il faut remonter jusqu’au-dessus de la Ruchère. Soit près de 900m D+. Et ça attaque raide. Le pas de course est de plus en plus lourd mais en montée, avec les bâtons j’arrive à garder un rythme de marche assez soutenu. Malgré tout je n’échapperai pas à un joli coup de mou au milieu de l’ascension. Je n’arrive plus à combler mon besoin en carburant. Les gels et les barres sont trop sucrés et écœurants, le tube de crème de marron est désespérément vide et l’eau de mon camelback passe directement de mon gosier à mes pores cutanés. La fin de l’ascension est pénible mais je me force quand même à garder du rythme le plus longtemps possible pour ne pas casser la dynamique. Je me caresse « le cerveau » avec des pensées positives (comme Nath me l’a enseigné) et surtout cette indélébile envie de ne rien lâcher et d’aller au bout. Le ravito de la Ruchère me fera un bien fou. Eau gazeuse, quartiers d’orange et un peu de coca et ça repart. Il faut maintenant terminer, je sens que l’arrivée n’est plus très loin, c’est le moment de profiter de l’instant présent. Il reste encore un bout d’ascension avant la descente vers l’arrivée. Au sommet, un panneau indique « Arrivée à 4km », j’entame donc la descente motivé. Sans être trop technique, elle n’est pas si facile car très boueuse et j’essaye d’être prudent. Je passe ensuite devant le panneau « Arrivée à 2km ». Quelques centaines de mètres plus loin, à la traversée d’une route, un papy m’encourage :

« Allez, c’est bien, encore une demi heure et c’est fini »
« …c’est une plaisanterie j’espère, je viens de voir le panneau 2km ».
« Je connais ce chemin et je vous dis qu’il y en a encore pour 30min. Hein Maurice ? tu dis combien de temps pour aller au village par là ? »
« oh ben pas loin d’une demi heure, ma foi! »


Plusieurs options : soit ces papys ont été placés là pour finir de casser le moral des coureurs, soit l’organisation s’est trompée dans son kilométrage. Finalement, la seconde option me semble la plus vraisemblable, considérant aussi que les papys ne font pas le trajet en courant non plus. Après 10 bonnes minutes, je vois finalement l’aire d’arrivée se dessiner. Les applaudissements des spectateurs sont fournis et l’agréable émotion d’être arrivé au bout est bien présente 13h de course et 6ème place. C’est bon. Je trouve sur la ligne mon pote RV qui a dû abandonner après s’être blessé durant la course. Il est forcément déçu, mais il me confie qu’il n’aurait certainement pas pu passer les barrières horaires. Cette course est également réputée pour avoir des temps de passage aux points intermédiaires assez serrés et que chaque année un grand nombre de participants sont « disqualifiés », hors délai. Cette année n’échappera pas à la règle puisque sur les 300 concurrents engagés, seuls 78 verront la ligne d’arrivée. Les conditions météo particulièrement difficiles expliquent peut-être cela. Les autres auront soit abandonné soit été arrêtés à des points relais et mis hors délai. Ca peut paraitre sévère mais je vois là une envie de l’organisation d’éviter de devoir déployer des moyens pour aller chercher en pleine forêt et en pleine nuit des concurrents épuisés et donc en danger.

Il est 18h30, il se remet à pleuvoir et la température est fraiche, je décide, d’un pas lent et hésitant, de regagner la voiture et rentrer à la maison. J’ai très envie de retrouver Nath et les enfants, qui n’ont pas fait le déplacement vu les conditions météo. Et il faut aussi préparer les affaires pour le lundi matin. En arrivant, je découvrirai quelques SMS de félicitations très chaleureux. Finalement la balise GPS a servi.

C’était une belle expérience, plutôt réussie, sur une course réputée difficile dans la région. Certaines choses ont bien fonctionné, d’autres peuvent être améliorées. Ca donne en tous cas envie d’y retourner.

Une petite pensée pour Colin, qui va devoir rester au calme cet été, afin de pouvoir, pourquoi pas un jour, rejoindre le B2T et partir avec les cousins, Pipa et tous ceux qui veulent arpenter les beaux sentiers de montagne, basket aux pieds.

Commentaires  

#10 MaN 30-08-2014 22:50
Hats off 2 u ! :-*
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#9 Jipé 30-08-2014 20:49
Pour tenter... tenter seulement... en faisant court...d'imagi ner ce que peut représenter une telle journée c'est assez simple: tu te lèves à 3hoo, tu pars de Marseille au bord de l'eau (alt 0) et tu cours sans arrêt pendant plus d'une demie journée jusqu'au sommet du Mont Blanc !!! C'est hors normes physiquement et mentalement, non?? Apparemment 25% de doux-dingues en sont capables... et notre Maxou en fait partie! de plus il se faufile dans les 7% de ceux qui 'terminent devant... et bien' ! Je savoure l'humilité, j'admire la performance... Respect!
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#8 Z 30-08-2014 19:32
Ben voilà, dit comme ça, ça paraît simple de monter et descendre des montagnes pendant 13 heures dans la boue et la caillasse! bravo à toi l'Xtra-terrestr e!
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#7 Benoit 30-08-2014 18:40
BRAVO ! On a suivi ta course en direct hier. (C'est facile, comme tu es dans les premiers, on te trouve facilement parmi tous les concurrents) Chapeau pour la performance... et bon repos !
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#6 Le Parrain 30-08-2014 15:36
Courage Max, tu as raison de te poser la question…mais surtout de donner "ta" réponse, c'est la seule qui dit vrai. Attention çà va glisser !!!! mais tu es déjà parti, donc tu n'entendra rien !
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#5 Martine Joannin 30-08-2014 15:29
çà s'rait ti mon neveu le MAXOU qui carapate à cette allure ??? carrément fous ces jeunes !!!!! et sûrement capables d'y arriver en plus !!! profite !!!!!! et quoi qu'il en soit : on y croit ! MARTINE (ta vieille tante)
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#4 Mum & Papouch 30-08-2014 13:24
Allez MAXOU, on est de tout coeur avec toi. Nous t'embrassons.
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#3 Max 30-08-2014 11:15
Petite modif de dernière minute de la part de l'organisation. A cause des mauvaises conditions météo, ils ont supprimé l'escalade du Mont Outheran, on en fera donc le tour. Ca porte le parcours à 89km et toujours autant de D+. Allez zou, running in the rain ! Max dossard 133.
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#2 Jipé 30-08-2014 05:19
Coucou à tous... et surtout à ceux qui vont aller au delà de limites que j'ai peine à imaginer. Que cela inspire les respect, nul n'en doute, l'admiration, nul ne le nie... j'ai du mal à un trouver un mot qui conviendrait à ma non condition et motivation sportive! Je suis en tous cas admiratif et de tout coeur avec vous!
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#1 Max 30-08-2014 03:17
Et pour rendre le tout encore un peu plus fun, la pluie et des températures "frisquettes" devraient être de la partie. On fera avec !
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